 Anne
Percin est née
en 1970, et enseigne
actuellement les lettres
en Bourgogne. Ses
premiers romans, tels
que Point de côté
(2006) ou L’âge d’ange — récompensé par
de nombreux prix —
s’adressent aux adolescents. Elle y
développe la thématique de la solitude,
reprise dans ce premier roman pour
adultes, Bonheur fantôme.
Pierre, jeune homme de 28 ans, s’est exilé
dans la Sarthe, abandonnant le milieu de
la mode et Paris, pour une vie de peu.
Passionné par l’artiste Rosa Bonheur, il lui
consacre une biographie, et occupe aussi
son temps à rénover des antiquités. Par
petites touches, il évoque son enfance,
ses amours, les raisons qui l’ont poussé
à tout plaquer du jour au lendemain. |
Je
hais les âmes sans cicatrice, sans
suture, sans divorce. Tous ceux qui sont
faits d’un bloc. Ne voient-ils pas que le
torturé ne torture que lui-même ? Que
la société n’a rien à craindre,
mais tout
à espérer, de quelqu’un qui souffre
de
ce qu’eux-mêmes ne sentent pas ? La
société ne doit rien exiger de ceux qui
n’attendent rien d’elle, disait pourtant
George Sand. Mais, ma pauvre George, la
société exige malgré tout, tu sais
bien. Elle
est intraitable, insatiable, tyrannique.
Chacun doit faire un effort pour être
comme tout le monde. L’harmonie sociale
est à ce prix. Pourquoi, d’abord, est-ce
que je ne sais pas prendre la vie du bon
côté ? Comme les tournesols, pencher ma
tête là où c’est bon, là où c’est
chaud, la
sentir grossir, s’enfler de graines, grouiller
de petits moi-même et dans un ultime
coup de nuque, lâcher ma semence, me
reproduire et crever.
Pierre retape et se retape
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