 Frédéric
Michaud est
né en 1970 dans le
Jura. Artiste plasticien,
il travaille dans les
secteurs liés à l’image
et au design, après des
études à Besançon
puis à l’école des
arts décoratifs de
Strasbourg. Il vit désormais à Paris. Son
premier roman, irène sur le plancher
des vaches, prend racine dans son Jura
natal. Le personnage principal, c’est
Abbéfontaine, village réel ? récréé ?
“entre le Revermont et la Combe d’Ain”.
De 1960 à 2005, Frédéric Michaud dresse
avec finesse, mais sans complaisance, le
portrait d’un monde en mutation qui se
vide peu à peu de sa population agricole.
L’agriculture s’automatise, les fermes
familiales disparaissent, la campagne se
peuple de lotissements dortoirs tandis
que les rigidités sociales se défont. |
Depuis
que sa fille s’était installée
dans le lotissement d’Abbéfontaine, elle
avait pris des habitudes urbaines qui
agaçaient profondément madame Bluem,
comme celle par exemple de passer à
table à treize heures, au lieu de manger à
midi comme toute le monde. Cette lubie
ne perturbait pas seulement l’estomac
de madame Bluem, elle l’obligeait
à traverser le village à une heure où tout
le monde était à table. Au fur et à mesure
de sa progression, elle fit des signes de
tête à s’en décrocher une cervicale,
et
cru voir sur tous les visages la même
expression compatissante qui voulait
dire : “Ah… Vous allez chez votre fille.”
Comme si cette bizarrerie en matière
d’horaire ne suffisait pas, sa fille avait
choisi de l’inviter en pleine semaine,
et seule de surcroît. 
La révolution silencieuse sur le Premier
Plateau du Jura
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