 Parfois,
je serais presque heureux
si je n’étais privé de femmes, de leur
tendresse, et si mes obsessions de
vengeance cessaient de me tourmenter
nuit et jour.
Si, aussi, je n’étais, de temps à autre,
victime d’accès de fureur que j’ai du
mal
à contenir et que je regrette aussitôt la
crise passée, parce qu’ils sont stériles
et qu’ils m’attirent les représailles
des
surveillants ; ils viennent dans mon cachot
à plusieurs pour, disent-ils, me maîtriser.
Dans ces moments-là, ils prétendent que
je ne sens plus ma force et que je peux
cogner comme un fou. Selon leur humeur,
ils me ligotent ou bien me font revêtir un
corset comme ils font avec les aliénés
barricadés à vie dans les renfermeries du
pavillon des cinglés.
Je vis emmuré et, malgré tout, dans ma
tour, je ne me sens pas totalement hors
du temps des hommes. J’ai quand même
entendu, ces dernières années, tous les
bruits de la Révolution.
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Michel
Goujon
connaît bien la
terre d’ancrage de
son premier roman, La madrague .
D’abord pour y être
né et y avoir vécu
pendant vingt ans,
ensuite parce qu’il y
a consacré un premier ouvrage en 2002,
Saint-Tropez et le pays des Maures.
Il dirige par ailleurs depuis 2009 les
éditions France Loisirs.
Enfermé depuis dix ans au bagne de
Toulon, Simon Garcin n’a guère plus
que ses souvenirs pour le raccrocher à
la vie. Une vie qui a connu un tournant
décisif lorsqu’il était enfant, quand
son
père, capitaine de navire, a disparu lors
d’une expédition maritime. La misère,
les
manigances, les changements du monde
embrassèrent alors le jeune homme pour
l’étouffer. Mais c’était sans
compter sur
son acharnement à vivre…
Un à un, des pans de vie sont
éffondrés, et le monde changeait.
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