 Antoine
Audouard est né
en 1956, dans une famille
de littéraires, fils et petit-
fils d’écrivains. Très tôt, il
s’engage sur le chemin
de l’écriture, en publiant
trois romans entre
1977 et 1981. L’édition
lui tend alors les bras.
En 1994, il prend la direction des éditions
Robert Laffont, puis revient à sa première
passion. En 2006, Un pont d’oiseaux est
présélectionné pour le Goncourt. Avec
L’Arabe, il signe son huitième roman.
L’Arabe arrive dans un village de Provence,
plutôt rural et ouvrier. Il cherche un
travail, un toit. Un patron de gravière et
un brave homme un peu solitaire, Juste
le bien nommé, les lui offrent. Il cherche
aussi la tranquillité. Et va se heurter à
ce racisme ordinaire, qui suinte, pue,
dépasse la raison et ne demande qu’à
s’affirmer… |
Les
broussailles étaient parties,
et les pierres, et l’atmosphère de
désolation. Il avait préparé des
tuteurs,
pour les tomates sans doute, et les
sillons où pousseraient les salades, et les
herbes, peut-être même les fraises et les
framboises. Il n’y avait rien encore que les
tuteurs et cette terre dure bien retournée
d’où il avait enlevé les cailloux,
au
robinet un tuyau d’arrosage vert fluo prêt
à faire jaillir de la terre un jardin entier.
Et Mamine, sa sueur devenue froide
et aigre d’un coup, se sentit envahie
d’une joie trouble, d’une tristesse
incompréhensible — et c’était
comme
si toute la suite, toute l’abominable suite,
avait vraiment commencé ce jour-là, dans
le tumulte de son coeur, tandis qu’elle
admirait la terre bien retournée du jardin
de l’Arabe. 
Vouloir
passer inaperçu.
Sans compter la haine.
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