Et Bastien lui avait téléphoné.
A nous non plus ce prénom
n’avait rien dit quand Simon l’avait
prononcé - et c’est seulement lorsqu’il
se mit à nous parler de Bastien que
purent revenir à ma mémoire les
très vagues souvenirs des lointaines
conversations où Simon avait évoqué
devant moi celui qui dans l’enfance
avait été son ami, l’ami perdu de vue
pendant quelques années, retrouvé à
la fin de l’adolescence dans la dernière
classe du lycée, et définitivement
perdu, croyait-il, au terme de cette
même année de retrouvailles, à la suite
d’une profonde dispute dont je n’ai
jamais connu les motifs. Aussi bien,
je n’avais pas les mêmes raisons que
Simon d’avoir oublié qui était Bastien,
et les siennes me paraissaient incompréhensibles.
Il disait qu’à ces mots
de Port-de-Grâce, de Funi et d’Epine,
le visage de Bastien lui était enfin
apparu, et qu’il avait été tout
juste capable de répondre : « Bastien !
Quelle surprise !  |

Né à Vesoul en
1948, Jean-Paul
Goux s’est consacré
à la littérature après
des études de philosophie.
Enseignant
à l’Université de
Tours, il s’est en parallèle lancé dans
l’écriture et a fait partie des comités
de rédaction des revues Digraphe et
La Quinzaine littéraire. Son oeuvre mêle
des essais, des romans ayant pour
sujet la mémoire, ainsi qu’un travail
sur la mémoire ouvrière de
Montbéliard. Les Hautes falaises est
un roman d’apprentissage à rebours.
Quarante ans après la fin brutale de
son amitié avec Bastien, Simon reçoit
un appel de ce dernier qui le convoque
à l’Epine en Normandie, dans sa
maison de vacances. Sur les lieux
de l’enfance, Simon se souvient de
cet ami aussi fascinant que différent
de lui, cherchant les réponses à une
rupture vécue comme un abandon.
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