Heureusement, c’était moins
les réponses qu’elle ne pouvait
pas lui donner que ses propres paroles
qui importaient au jeune homme.
Ce dernier, pour l’épargner, lui proposa
de raconter une histoire. Elle avait été
d’accord et il avait ajouté, en riant que
si la belle, elle, s’endormait, il l’emmènerait
chez lui. Alors elle était restée
éveillée. La nuit n’était percée que
par le faisceau des phares et quelques
lumières au loin. Elle tourna son
regard vers l’extérieur où elle ne
pouvait presque rien voir, dans une
posture qui devait ressembler à celle
qu’elle tient maintenant. Il mit du
temps avant de commencer l’histoire,
mais elle n’y prêta aucune attention,
trop occupée à constater qu’elle ne se
souvenait pas avoir un jour connu une
obscurité aussi totale que celle-ci.  |

Gilbert Gatore est né
en 1981 au Rwanda
et vit aujourd’hui
à Paris. A l’âge de
8 ans, alors qu’il
fuit la guerre avec
sa famille, il se
voit confisquer ces journaux intimes
par les douaniers. Il tente alors de les
reconstituer, vainement, puis décide
d’évoquer la guerre au Rwanda par
le biais du roman. Le Passé devant
soi est le premier tome d’une trilogie
intitulée Figures de la vie impossible.
Niko est un jeune homme un peu naïf,
qui vit reclus, torturé par les souvenirs
de la guerre. Lui, d’apparence
inoffensif, était à la tête des Enragés
volontaires, un groupe de tueurs qui
a massacré des foules entières à la
machette. Isaro, quand à elle, revient
au Rwanda plusieurs années après
le massacre de ses parents, pour y
recueillir des témoignages et essayer
d’en apprendre plus sur le drame
initial de sa vie. Le Passé devant soi les réunit.
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