La première fois que j’ai vu
Lambert, c’était le jour de la
grande tempête. Le ciel était noir,
très bas, ça cognait déjà fort au large.
Il était arrivé un peu après moi et il
s’était assis en terrasse, une table
en plein vent. Avec le soleil en face,
il grimaçait, on aurait dit qu’il pleurait.
Je l’ai regardé, pas parce qu’il avait
choisi la plus mauvaise table, ni pour
cette grimace sur le visage Je l’ai regardé
parce qu’il fumait comme toi,
les yeux dans le vague, en frottant
son pouce sur ses lèvres. Des lèvres
sèches, peut-être plus sèches que les
tiennes. J’ai pensé qu’il était journaliste,
une tempête d’équinoxe, ça pouvait
faire quelques bonnes photos. Derrière
la digue, le vent creusait les vagues,
boutait les courants, ceux du Raz
Blanchard, des fleuves noirs venus de
très loin, des mers plus au nord ou des
tréfonds de l’Atlantique. Morgane est
sortie de l’auberge. Elle a vu Lambert.
Vous n’êtes pas d’ici, elle a dit en lui
demandant ce qu’il voulait.  |

Institutrice à mi-
temps dans un
village du Vaucluse,
Claudie Gallay vit
l'autre moitié de
son temps dans le
Dauphiné où elle
est née. Au contact de la nature dans
la maison de son grand-père, elle se
consacre à l'écriture et la peinture.
Fidèle aux éditions du Rouergue
depuis ses débuts en littérature en
2001 avec l'Office des vivants, c'est
avec Les déferlantes, qu'elle s'est fait
connaître du public.
En mission pour le Centre ornithologique
à la Hague, une jeune femme
meurtrie par un deuil, croise la route
de Lambert, un enfant du pays venu
vendre la maison familiale. Des années
plus tôt, ses parents et son petit frère
ont mystérieusement disparus en mer.
Leurs solitudes vont s'unir pour lever
le voile sur cette disparition. Un style
sans fioritures, pour décrire la rudesse
des lieux et des gens.
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