La première fois qu’il avait vu
la Cadillac, c’était à l’occasion
de l’enterrement d’un parent de Jean
Montadori. Sandro devait avoir une
dizaine d’années. Son père, quand
il avait aperçu cette voiture, lui avait
chuchoté à l’oreille : « C’est une américaine,
une des plus belles qui existent.
Je pourrais passer ma vie à me balader
dedans, mais ces choses-là ne sont
pas pour nous. C’est encore une chance
de pouvoir les admirer. » Sa mère
avait dit à voix basse : « Tais-toi, s’il
te plaît. Nous allons encore nous faire
remarquer. » Son père avait haussé les
épaules, mais les gens commençaient
à se retourner sur eux et il avait gardé
le silence jusqu’à la fin du cortège.  |

Marie Ferranti vit en
Corse, dans le petit
port de plaisance
de Saint-Florent.
Professeur de lettres,
elle a publié
son premier roman
en 1995, Les Femmes de San Stéfano.
En 2002, elle a reçu le Grand Prix
du roman de l’Académie française
pour La Princesse de Mantoue. Très
inspirée par son lieu de vie, elle en fait
le cadre de nombreux de ses romans.
Sandro Riucci est considéré comme
un marginal, dans son village, sur
l’île de beauté. Il vit avec Adriana, une
très jeune fille, et survit tant bien que
mal, en s’acquittant des tâches qu’on
lui confie. Jusqu’au jour où le fameux
chef de clan, Jean Montadori, l’appelle
à son chevet juste avant de mourir.
De la Corse, La cadillac des Montadori semble avoir tout pris : la densité des
caractères, la beauté des descriptions,
le climat.
|