
Aliette Armel est à
la fois critique et
écrivain. Pour le
Magazine littéraire
et sur son blog,
elle croque ses
contemporains.
Essayiste, elle a publié deux ouvrages
sur Marguerite Duras : Marguerite
Duras et l’autobiographie et Marguerite
Duras. Son roman Voyage de Bilqîs a
obtenu le prix Ouest en 2002 et a été
traduit aux Etats-Unis.
Anne a peu connu son père, le célèbre
pianiste Guido Turatti. A défaut de
souvenirs, l’homme lui a légué une
maison, en Bretagne. Délaissée par
l’homme qu’elle aime, elle décide
d’y retourner. La quête d’une mystérieuse
partition inachevée de son père
devient alors l’occasion de renouer
avec son passé et d’en apprendre plus
sur son étrange rapport à la musique.
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Je ferme les yeux. Je me
mets à l’écoute du craquement
des arbres dans le vent, du
roulement calme de la mer. Et une
sorte de marée sonore m’envahit : une
vague composée de bruits divers, de
couleurs multiples, recouvre mes
sens, déborde l’ouïe pour atteindre les
images se formant paupières closes,
intimement mêlées à l’odeur d’humus,
de plantes odoriférantes, d’herbe et
de fougères écrasées, au goût du sel
sur les lèvres et au toucher de mousse
et de pierre humide sous les doigts.
Stridulation des criquets, pépiement
des passereaux, cri des goélands
et des mouettes, bruissement des
petits mammifères s’agitant dans les
feuillages, claquement des cosses
sèches des genêts. Un son aigu,
irritant, trouble pourtant l’harmonie de
cette composition sonore. |