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Fabienne Kanor a été journaliste à Paris. Originaire de la Martinique, elle livre dans Humus un choeur littéraire. Chaque histoire est le chant, poétique et introspectif, d'une femme condamnée à l'esclavage, à l'exil, et qui trace, dans une certaine forme de rébellion, son propre chemin vers la liberté. Le douzième chant est celui de l'auteur, celui de l'héritière. |
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Chaque nègre a son jour. Chaque jour arrive à l'heure. Je venais de capturer un lièvre lorsque, attirée par le rire de la mer, je laissai là ma proie et pris le chemin des côtes. Sitôt en route, je me retrouvai au bout, sur cette plage où, quelques années plus tôt, ma mère était entrée dans l'eau et avait vu Yovo. Comme jadis, ilsétaient là, armés. Flanqués d'un troupeau de nègres qui n'allaient ni ne marchaient, mais sous les gifles d'un fouet se traînaient, rampaient sans gêne et sans âme, dépossédés du souffle qui fait la vie. De quelle espèce d'hommes ces Noirs étaient-ils donc pour accepter qu'on les traitât ainsi ? Avaient-ils perdu tout orgueil pour obéir au doigt et à l'oeil à des êtres que les dieux n'avaient même pas pris soin de colorier ? |