Bâtir la lecture
Gilles Lacroix - Conseiller livre et lecture – DRAC Rhône-Alpes
Propos recueillis par Séverin Grisard

Au niveau régional, est-ce que vous arrivez à déterminer un maillage significatif de l'effort des collectivités dans l'équipement du territoire ? est-ce qu'il y a une « bonne couverture » des équipements de lecture publique sur le territoire ?
Au niveau de la région, il peut y avoir une ambiguïté. Autour de grandes agglomérations, il y a eu un grand développement des constructions de bibliothèques. Il y a deux départements en Rhône-Alpes qui ont plus investi que d'autres : ce sont ceux de l'Isère et du Rhône, autour de Grenoble et de Lyon.
L'accélération des constructions a d'abord débuté dans l'Isère, département qui comprend le plus de communes de notre région. Et depuis 4 ou 5 ans, le mouvement est devenu encore plus fort dans le Rhône. Pour le reste, les 6 autres départements ont eu aussi des constructions. Par exemple, dans l'Ardèche, il y a eu 30 bibliothèques construites. C'est considérable.
On pourrait en tirer en conclusion générale d'un point de vue d'aménagement du territoire que c'est satisfaisant pour la région Rhône-Alpes. Mais si on regarde plus fi nement, il reste quand même quelques fois une inégalité du maillage du territoire. En particulier, en Ardèche, où les constructions concernent la partie plus rhodanienne, alors que l'intérieur des terres est beaucoup plus montagneux, où il y a eu cependant des projets. Cela veut quand même dire qu'il y a des inégalités dans la répartition des bibliothèques sur le territoire.
Est-ce que les projets de constructions ou de rénovations mettent en avant un équipement important (fonds, moyens techniques, personnel) ou plutôt une intégration dans un quartier, une zone rurale, dépourvue de tout accès à la culture ?
Il y a une très grande variété de projets. On trouve à la fois des constructions à proprement parler et des réhabilitations de bâtiments préexistants (la moitié des projets). La taille des bibliothèques est très variable :
des communes ont construit des bibliothèques dont la taille varie de 100 m2 à 6000 m2. Ces projets s'inscrivent dans leur territoire de manière très diverse : il y a des bibliothèques« tête de réseau » dans des bassins de population très importants et il y a eu des annexes dans des quartiers, qui jouent toutes un rôle différent sur leur territoire d'assise.
En milieu rural, il y a des projets intercommunaux en zone d'habitat dispersé, en Ardèche par exemple. À Lyon et à Grenoble, des projets de bibliothèques voient le jour dans des quartiers sensibles.
Dans le choix des vingt bibliothèques remarquables, cette diversité se retrouve et montre la qualité des projets.

La région Rhône-Alpes, est-elle dynamique ?
Oui, certainement. Le nombre de dossiers de demande de subventions pour du mobilier, des constructions, des informatisations est plus du double de celui d'Île-de-France et quatre fois plus important qu'en Midi-Pyrénées. L'accélération des constructions de bibliothèques a pris une ampleur toute particulière dans notre région.
La vitalité économique de Rhône-Alpes y est aussi pour quelque chose.
Tous les projets de « médiathèques de proximité » ou « ruches » rhône-alpins ont-ils déjà vu le jour ; quel peut-être le premier bilan ?
Non, loin de là. Nous avons décidé de labelliser des projets non pas a posteriori mais au lancement de ces projets et nous en avons encore beaucoup en cours de construction. Sur les 21 labellisés entre 2003 et 2005, 2 sont achevés (Anse dans le Rhône et Noirétable dans la Loire). Les autres vont être terminés en 2006 ou 2007.

Pourquoi des choix architecturaux spécifiques pour la construction d'une bibliothèque ?
En France, on a une attention particulière à la construction des bibliothèques. Je pense aux 12 bibliothèques à vocation régionale qui viennent d'être achevées et qui sont des oeuvres architecturales marquantes de leur époque. Qui dit équipement culturel dit une volonté de donner un aspect plaisant, créatif, y compris au bâtiment qui abrite ce service. Et le ministère de la Culture, qui instruit les dossiers de subventions pour la construction des bibliothèques, a aussi l'architecture dans ses missions. La qualité architecturale est un des principaux critères
pour la labellisation des médiathèques de proximité. On a eu cette démarche pour des très grands projets tels que la Bibliothèque nationale, alors qu'on n'était peut-être pas aussi attentif à des projets pour des bassins de population moins importants. Et du coup, il a semblé prépondérant que l'État aide plus des projets concernant des petits bassins de population de manière à ce qu'ils soient qualitativement aussi bons que ceux des plus grandes communes. Ce qui permet une certaine égalité des citoyens devant le livre. Les architectes sont aussi des artistes. Leurs oeuvres sont le patrimoine de demain.
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