![]() |
| Accueil > Ouvertures > Ouvertures N°16 > Le dossier - Regard | Dernière mise à jour le : 11 février, 2008 |
|
Index
|
|
Le dossier - Regard | ||||||
Le dossier : Lecture et personnes âgées
Sa vision militante des vieux…Eric Dexheimer photographe et auteur de « Amours de vieux et vieilles amours… »
Eric Dexheimer a voulu montrer les histoires d'amour de personnes âgées à travers son objectif, avec la volonté qui l'anime de révéler sans tabou des sujets « en marge ».
Comment vous est venue l'idée de faire ces photos ? J'ai commencé à travailler avec une jeune réalisatrice, Fanny Mesquida, qui est en même temps ma femme, sur le même sujet. Elle a fait un documentaire de 52 minutes diffusé sur une chaîne régionale. Initialement, je n'avais pas de rapport direct avec la vieillesse. Je suis né en 1963 et je voyais les personnes âgées de très loin, un peu dans ma famille, mais toujours avec une grande crainte, une certaine appréhension. J'ai été amené à travailler avec l'association Les petits frères des pauvres pour une commande photographique sur le thème du bénévolat et les personnes âgées. Et je me suis retrouvé dans un de leurs lieux, un restaurant, où il y avait ce jour-là une trentaine de vieilles dames et où je devais faire des photos de bénévoles avec ces personnes. J'ai fait ces photos et comme je suis assez bavard, j'aime beaucoup les gens, un dialogue s'est instauré avec ces dames. Elles m'ont raconté plein de choses sur leur vie et elles étaient très près dans la séduction. Elles avaient toutes entre 80 et 95 ans et m'ont parlé de leur jeunesse, avec des mots très tendres. Et moi, j'ai eu une image vraiment brutale de ces femmes jeunes - dans leur discours et leurs retours en arrière - avec les personnes que je voyais dans ce restaurant. Et j'ai tout de suite mis en relation cette enveloppe charnelle vieillissante avec les photos que je voyais d'elles jeunes. Avec Fanny Mesquida, notre relation débutante, nous nous posions les questions du vieillir ensemble, comment allons-nous vieillir, le « à la vie, à l'amour ». En livrant ensuite mes photos aux Petits frères des pauvres, très tourmenté par cette rencontre, je leur ai proposé de travailler sur ce thème. L'idée était que le couple Eric et Fanny partait à la rencontre d'autres couples ou de gens qui avaient perdu leur conjoint et allait sur les traces de l'amour des autres. C'est un effet de miroir très stimulant. Comme dans mes autres bouquins, c'est aussi un travail politique avant tout : par le biais d'une idée qu'est la tendresse et l'amour, on parle aussi du vieillir et du vieillir dans notre société. C'est un outil de combat pour pas mal de gens, en fait.
Comment avez-vous abouti à l'édition du livre ? Entre la première photo et la sortie du livre, il s'est passé environ trois ans à ne faire que ça, avec la réalisation du livre. On prenait un objet et un portrait quand la personne avait perdu un conjoint. On notait aussi toute la narration de la personne sur son passé, sa relation. En expliquant bien ce qu'on allait faire et en ne mentant pas, en instaurant une relation de confiance, toutes les personnes se sont livrées intimement. Il y a eu beaucoup de gens qui nous ont dit non. C'était surtout leur famille qui s'opposait au projet, en refusant l'idée que leurs parents puissent retrouver quelqu'un à 75 ans ou plus quand ils ont perdu leur conjoint. Mais ça s'est toujours très bien passé. Les gens photographiés sont pratiquement tous morts aujourd'hui, mais j'ai gardé encore quelques contacts de ces instants très forts. Une exposition est née ensuite et tourne depuis longtemps dans beaucoup d'endroits, accompagnée par le film de Fanny. C'est émouvant et remue l'intérieur au plus profond de chacun de nous. Propos recueillis par Séverin Grisard Contact |