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Accueil > Ouvertures > Ouvertures 14 > Regard Dernière mise à jour le : 15 avril, 2008

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Aller à la rencontre des lecteurs

Propos recueillis par Séverin Grisard - Savoie-biblio

André Bucher était l'invité du Salon du Livre d'Hermillon les 16 et 17 octobre 2004, sélectionné pour le Prix Rosine Perrier pour son premier roman le Pays qui vient de loin. La veille, il participait à une table ronde à la bibliothèque de Douvaine. Dans ce « marathon » des rencontres, il s'exprime sur le besoin de côtoyer le public.

En tant qu'auteur, êtes-vous beaucoup sollicité ?

Depuis deux ans, oui, beaucoup. De septembre 2003 à mai 2004, j'ai répondu à 80 demandes, suite au premier roman Le pays qui vient de loin. Et depuis la sortie du Cabaret des oiseaux, c'est du même ordre.

Est-ce que vous choisissez les lieux où vous rencontrez le public ?

Non, jusqu'à présent, j'ai essayé de ne pas le faire. J'ai essayé, à chaque fois que je m'engageais, de ne pas commencer à trier, prendre ce qui semblait, à plus ou moins juste titre, le plus intéressant. Si je m'engage, en général, je dis oui, sauf imprévu.

Quand vous faites ces rencontres, est-ce que vous sentez qu'elles sont bien préparées ?

Ce n'est pas toujours le cas, mais souvent oui. Les gens qui vous invitent ont lu le livre, les journalistes, pas toujours. Il y a de tout chez le public. Ça dépend aussi de l'invitation : ça dépend si vous êtes dans un salon, un festival, dans une médiathèque, dans une librairie. Le public n'est pas toujours le même. Dans un salon, le public est hétérogène et vous avez des rencontres fortuites. Des gens vous voient, vous trouvent une tête bizarre et s'arrêtent. Il y a plein de choses qui font que vous allez tomber sur un lecteur lambda – vous êtes un auteur lambda pour lui aussi – et le plus gros, ce sont des gens qui sont des lecteurs, des gens qui cherchent. Ça dépend aussi des salons.

Ces rencontres se déroulent bien ?

Oui, oui. Je n'ai pas à me plaindre. Même dans des salons où on se retrouve avec des « stars », j'ai toujours réussi à me débrouiller pour tirer mon épingle du jeu, pour qu'il y ait un minimum de respect et de courtoisie de part et d'autre.

Vous, quel est votre sentiment par rapport à la rencontre avec le public, en retirez-vous quelque chose d'intéressant, est-ce une fin en soi ?

C'est assez compliqué. Au début, on le fait et on sait qu'il faut le faire, le faire pour plusieurs raisons. D'abord, c'est une question de bon sens. Vous n'allez pas vous plaindre si on vous invite quand on sait que le livre est flingué en quelques mois, voire n'est pas déballé des cartons… Si les libraires vous soutiennent, les associations, les bibliothèques vous invitent, vous n'allez pas faire le difficile. Vous avez à leur renvoyer l'ascenseur. Moi, c'est ce qui m'a valu de mener une espèce de marathon. Je ne le regrette pas mais on est bien obligé de se rendre compte qu'on ne peut pas fonctionner indéfiniment comme ça. Ensuite, je l'ai fait aussi comme un travail militant pour ma maison d'édition (Sabine Wespieser), qui est une jeune maison qui se crée. Maintenant que tout ce travail est fait, on peut être tenté de trier. Il faut toujours revenir à ce pourquoi on est là : c'est d'écrire. Déjà que j'ai du mal à écrire, à part la nuit et l'hiver, en tant que paysan, maintenant que je me déplace, ça n'a rien arrangé. Il y a un équilibre à trouver.

Mais c'est une erreur de dire « j'arrête tout » à plusieurs titres. C'est comme un ruisseau : il est nourri par les arbres. Si on coupe les arbres, il ne faut pas s'étonner qu'il soit sec. Et là, c'est pareil, on s'assèche. On s'essouffle, on s'interroge. On a besoin d'oxygène. Aller à la rencontre des lecteurs, c'est vivifiant. Ça vous enrichit, ça vous interpelle, ça vous remet en piste. Il faut entendre ce qui se dit, ne pas tout écouter. C'est une confrontation minimum qu'il faut entretenir. C'est intéressant quand il y a des lectures, des échanges croisés, des discussions. Les bibliothèques ou les cafés littéraires, c'est toujours très bien, parce qu'il y a un public qui est motivé, qui vient vous voir.

André Bucher a publié Le Pays qui vient de loin et Le cabaret des oiseaux, aux éditions Sabine Wespieser. Le Pays qui vient de loin a fait partie de la sélection pour le prix Rosine Perrier en 2004.

 

 

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