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Georges Nivat, traducteur
Vladimir Dimitrijévic - directeur des éditions l'Âge d'Homme

Georges Nivat, traducteur de Soljénitsyne et de Biély, auteur d'essais et de nombreux articles sur les littérature et culture russes, vient d'être accueilli à la Bibliothèque muni-cipale d'Annemasse et au Café littéraire de Lucinges (74). Cet agrégé de russe, enseignant à Ge n è v e et résidant à Esery en Haute-Savoie, est un intellectuel réputé en France et en Europe pour l'ouverture sur le monde slave, la litté-rature et la culture russe qu'il a offertes aux universitaires, aux bibliothécaires et, plus largement, aux lecteurs. En 1998, il obtient le prix "Au.tr.es" de Rhône-Alpes. Vladimir Drimitrijévic, éditeur, directeur des éditions L'Âge d'Homme, publie la collection "Classiques slaves" en étroite collaboration avec Georges Nivat. Il nous propose ici un regard singulier sur son travail.

Georges Nivat a une insatiable soif de connaître tout ce qui s'écrit, une saine curiosité de toute pensée et cela dans tous les domaines. Son savoir est aussi lié au monde qui l'entoure et ses réactions sont celles d'un humaniste spirituel et éclairé. Toute personne qui l'aborde reçoit une réponse juste et mesurée. C'est un pédagogue comme on rêve d'en rencontrer, non seulement sur les bancs de l'école ou dans les séminaires universitaires, mais surtout dans la vie de tous les jours. Chez lui, jamais de conversation futile ou qui soit dépourvue d'humour, de profondeur et d'une légère ironie. Heureux sont les étudiants qui ont suivi ses cours, et nombreux sont ceux qui, investis de son message, poursuivent ses directives, ses choix, son travail.

Tel m'apparaît Georges Nivat, avec qui je partage, de même que Jacques Catteau, ces 35 ans de direction de la collection des Classiques slaves, Slavica et Sophia.
Son amour de la littérature, de l'histoire et de la culture russe est à tel point enraciné qu'il représente, avec ses origines françaises et son profond attachement à sa nation, un phénomène très rare d'interpénétration de deux civilisations. Il partage ce privilège avec ses prédécesseurs - E.M. de Vogüe, Anatole Leroy-Beaulieu et Pierre Pascal - ainsi qu'avec notre ami Efim Etkind.
Ces lignes sont juste le contour de l'homme. Il faut l'écouter et lire ses lumineux essais sur la Russie, ses considérations sur l'extraordinaire richesse généreuse et vitale de ces deux siècles qui éblouissent le monde. Deux énormes volumes qui parcourent et vivifient notre soif de connaître. Il faut voir de près ses traductions où, en véritable passeur-équilibriste, il examine les beautés des mots.

Quand deux assistants du Russe à l'Université de Toulouse ont ciselé la traduction de Pétersbourg d'Andreï Biély j'ai fait la connaissance de mes futurs directeurs de la prestigieuse collec-tion de notre continent slave - et je dis cela sans exagérer.

En 1966, les éditions L'Âge d'Homme venaient d'être créées. J'avais rêvé de Pétersbourg depuis la lecture que j'en avais faite, adolescent, à Belgrade.
Cette rencontre était providentielle et certainement un de ces ponts que tout éditeur a projeté de bâtir. Deux cent cinquante titres édités. Encore des centaines de projets, de discussions sans fin. Pour l'apatride que je suis, tous ces titres sont la passerelle qui me permet de rentrer chez moi.


Ma dette envers tout ce monde de traducteurs, d'essayistes, d'historiens, de théologiens est immense. Et si je pense à ma patrie européenne, à cette académie de respect et de connaissance, où le labeur intellectuel s'incarne et vit intensément, j'évoque comme témoin privilégié Georges Nivat.

Repères bibliographiques :
Regards sur la Russie de l'An VI
Georges Nivat. - Éditions de Fallois et L'Âge d'Homme, 1998.
Vers la fin du mythe russe : essai sur la culture russe de Gogol à nos jours
Georges Nivat . L'Âge d'Homme, 1988.
Traductions en collaboration :
Collection Classiques slaves :
Pétersbourg
Andréi Biély. L'Âge d'Homme, réimp. 2000.
La Colombe d'argent
Andréi Biély. L'Âge d'Homme, 1990.
Carnets d'un toqué
Andréi Biély. L'Âge d'Homme, 1991.
Août quatorze
Alexandre Soljénitsyne. Le Seuil, 1972.
Le Pavillon des cancéreux
Alexandre Soljénitsyne. - Julliard, 1992.

Dernière mise à jour le 1er décembre 2001