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Accueil > Ouvertures > Ouvertures N°27 - Janvier 2010 > Le dossier : Tribune à Hervé Gaymard et Joël Baud-Grasset Dernière mise à jour le : 7 janvier, 2010

 

Le dossier : Tribune à Hervé Gaymard et Joël Baud-Grasset

 

Hervé Gaymard © G.Garofolin
Hervé Gaymard © G.Garofolin

Tribune à Hervé Gaymard et Joël Baud-Grasset

Joël Baud-Grasset © laurent Guette
Joël Baud-Grasset © laurent Guette
     

 

Le comité de rédaction d’Ouvertures a rencontré deux élus : Hervé Gaymard, Président du Conseil Général de la Savoie, Président de l’Assemblée des Pays de Savoie et Joël Baud-Grasset, conseiller général du canton de Boëge et Président de la commission Culture et Patrimoine du Conseil Général de la Haute-Savoie, pour recueillir leurs avis sur la thématique « les décideurs et la lecture publique ».

 

Les BDP peuvent-elles, sont-elles un élément pouvant contribuer à l’aménagement du territoire ?

Hervé Gaymard :
La lecture publique est une compétence départementale obligatoire, elle est, en Savoie et Haute Savoie, transférée à l’Assemblée des pays de Savoie. Ainsi, la Bibliothèque Départementale de Prêt est bi-départementale, ce qui est une originalité. Je crois que les territoires doivent s’approprier l’outil BDP à une échelle pertinente. Cette BDP, Savoie-biblio, prête des livres à 413 lieux de lecture et assure ainsi la desserte d’une population de 605 457 habitants,
ce qui lui donne un rôle clé en matière de développement culturel des territoires.
La BDP est le partenaire privilégié (formation, prêt, conseils…etc.) de nombreux lieux de lecture partout sur le territoire, même si ces lieux sont d’inégale qualité. Ce maillage du territoire, est essentiel pour satisfaire les besoins du lecteur « conquis », mais aussi pour aller à la rencontre d’un lectorat nouveau. Pour cela, il peut être intéressant de prendre l’attache des services départementaux pour « s’approprier » des lieux nouveaux tels que les EPAHD, les haltes garderies ou les centres sociaux. Ainsi, la lecture peut être proposée avec des supports adaptés (livres écrits en gros caractères pour faciliter la lecture des personnes âgées, livres pour enfants…) et permettre une activité de lecture régulière à tout âge, pour tous et partout.

Parmi tous les « outils » culturels proposés, quelle est à votre avis la place du livre ?

Joël Baud-Grasset :
Parlons-nous du livre ou de la lecture et singulièrement de la lecture publique ? En tant que « civilisations du livre » nous avons tendance à confondre l’objet et la pratique, le support et le contenu. C’est le contenu qui importe et l’accès à ce contenu qu’il faut favoriser. Le livre ne disparaîtra pas plus en raison de la concurrence de la lecture numérique que le théâtre n’a disparu quand le cinéma s’est développé… n’en déplaisent aux Cassandre toujours prêtes à délivrer des certificats de décès prématurés. Cela fait de toute façon fort longtemps que le livre n’a plus le monopole de la conservation et de la diffusion des savoirs. Il n’a jamais eu celui de la fiction, puisque l’oralité - traditions orales diverses, contes, théâtre - a de loin précédé l’invention du roman comme genre littéraire. Cependant, il reste un outil irremplaçable de culture, ne serait-ce que parce que la pratique de la lecture suppose un temps consacré, une attention éveillée et permet de ce fait un exercice et un développement de l’esprit critique que d’autres médias dont les contenus sont plus immédiatement donnés favorisent moins. Toutes les pratiques culturelles s’épaulent et s’enrichissent mutuellement et nous aident à vivre.

Les BDP doivent-elles aujourd’hui trouver différentes courroies de transmissions en dehors du public que sont les bibliothèques municipales ?

Joël Baud-Grasset :
Là encore, la question se pose à deux niveaux : les bibliothèquesmédiathèques doivent de façon générale pratiquer l’ouverture, se déplacer dans les lieux où se trouvent des publics spécifiques, leur apporter des livres, des DVD, des CD musicaux, etc., organiser des animations diverses… Que les BDP contribuent à cette démarche par la mise à disposition de fonds riches et adaptés - large vision, kamishibaï, supports divers - en fonction des besoins locaux, sans doute mieux identifiés par les bibliothèques de proximité - elles le font déjà. Peut être pourraient-elles le faire davantage. Mais il semble judicieux, effectivement, qu’elles puissent prêter directement à des lieux spécifiques, prisons, hôpitaux, établissements pour personnes âgées. En revanche, elles ne peuvent se substituer aux lieux de lecture de proximité dans cette démarche.

Les BDP pourraient – elles avoir pour mission le prêt direct au public ?

Hervé Gaymard :
Si demain les BDP prêtent directement au public, je crains que cela ne fragilise les multiples lieux de lecture existants. Les lecteurs pourraient privilégier ce lieu de prêt aux détriments des bibliothèques de proximité, et démotiver de fait, les nombreux bénévoles qui animent ces lieux et en font la richesse.
Par contre,
peut être que les BDP devraient limiter l’acquisition d’ouvrages pour le prêt, et développer leurs missions de conseils relatives à l’achat d’ouvrages des différents lieux de lecture du territoire, en proposant notamment une formation appropriée à tous les bénévoles et autres professionnels.
Par ailleurs, je pense que l’une des missions des BDP devrait être de créer des forums de lecture numérique, riches, très documentés et variés. Comme je l’ai indiqué dans mon rapport parlementaire sur le livre, ce dernier n’a pas connu, à ce jour, sa révolution numérique, contrairement au disque ou à la vidéo dans les années 90. Pour autant, même si le livre numérique ne représente qu’une faible part de marché (0,1% du marché de l’édition) et si l’offre actuelle de titres disponibles est encore extrêmement réduite, cette nouvelle forme de lecture n’est pas à négliger, et il faut anticiper son évolution.

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