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Hervé Gaymard © G.Garofolin |
Tribune à Hervé Gaymard
et Joël Baud-Grasset |
Joël Baud-Grasset © laurent
Guette |
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Le comité de rédaction d’Ouvertures a rencontré deux élus
: Hervé Gaymard, Président du Conseil
Général de la Savoie, Président de l’Assemblée
des Pays de Savoie et Joël Baud-Grasset, conseiller
général du canton de Boëge et Président
de la commission Culture et Patrimoine du Conseil Général
de la Haute-Savoie, pour recueillir leurs avis sur la thématique « les
décideurs et la lecture publique ».
Les BDP peuvent-elles, sont-elles un
élément pouvant contribuer à l’aménagement
du territoire ?
Hervé Gaymard :
La lecture publique est une compétence
départementale obligatoire,
elle est, en Savoie et Haute Savoie,
transférée à l’Assemblée des pays
de Savoie. Ainsi, la Bibliothèque Départementale
de Prêt est bi-départementale,
ce qui est une originalité. Je
crois que les territoires doivent s’approprier
l’outil BDP à une échelle
pertinente. Cette BDP, Savoie-biblio,
prête des livres à 413 lieux de lecture
et assure ainsi la desserte d’une
population de 605 457 habitants, ce
qui lui donne un rôle clé en
matière de développement
culturel des territoires.
La BDP est le partenaire privilégié
(formation, prêt, conseils…etc.) de
nombreux lieux de lecture partout
sur le territoire, même si ces lieux
sont d’inégale qualité. Ce maillage
du territoire, est essentiel pour satisfaire
les besoins du lecteur
« conquis », mais aussi pour aller à la
rencontre d’un lectorat nouveau.
Pour cela, il peut être intéressant de
prendre l’attache des services départementaux
pour « s’approprier »
des lieux nouveaux tels que les EPAHD,
les haltes garderies ou les centres
sociaux. Ainsi, la lecture peut
être proposée avec des supports
adaptés (livres écrits en gros caractères
pour faciliter la lecture des personnes
âgées, livres pour enfants…)
et permettre une activité de lecture
régulière à tout âge, pour tous et partout.
Parmi tous les « outils » culturels proposés,
quelle est à votre avis la place
du livre ?
Joël Baud-Grasset :
Parlons-nous du livre ou de la lecture
et singulièrement de la lecture publique
? En tant que « civilisations du
livre » nous avons tendance à confondre
l’objet et la pratique, le support
et le contenu. C’est le contenu qui
importe et l’accès à ce contenu qu’il
faut favoriser. Le livre ne disparaîtra
pas plus en raison de la concurrence
de la lecture numérique que le théâtre
n’a disparu quand le cinéma s’est
développé… n’en déplaisent aux
Cassandre toujours prêtes à délivrer
des certificats de décès prématurés.
Cela fait de toute façon fort longtemps
que le livre n’a plus le monopole
de la conservation et de la diffusion
des savoirs. Il n’a jamais eu celui
de la fiction, puisque l’oralité - traditions
orales diverses, contes, théâtre
- a de loin précédé l’invention du roman
comme genre littéraire. Cependant,
il reste un outil irremplaçable
de culture, ne serait-ce que parce
que la pratique de la lecture suppose
un temps consacré, une attention
éveillée et permet de ce fait un exercice
et un développement de l’esprit
critique que d’autres médias dont les
contenus sont plus immédiatement
donnés favorisent moins. Toutes les
pratiques culturelles s’épaulent et
s’enrichissent mutuellement et nous
aident à vivre.
Les BDP doivent-elles aujourd’hui trouver
différentes courroies de transmissions en dehors du public
que sont les bibliothèques municipales ?
Joël Baud-Grasset :
Là encore, la question se pose à deux niveaux : les bibliothèquesmédiathèques
doivent de façon générale pratiquer l’ouverture,
se déplacer dans les lieux où se trouvent des publics spécifiques,
leur apporter des livres, des DVD, des CD musicaux, etc., organiser des
animations diverses… Que les BDP contribuent à cette démarche
par la mise à disposition de fonds riches et adaptés - large
vision, kamishibaï, supports divers - en fonction des besoins locaux,
sans doute mieux identifiés par les bibliothèques de proximité -
elles le font déjà. Peut être pourraient-elles le faire
davantage. Mais il semble judicieux, effectivement, qu’elles puissent
prêter directement à des lieux spécifiques, prisons,
hôpitaux, établissements pour personnes âgées.
En revanche, elles ne peuvent se substituer aux lieux de lecture de proximité dans
cette démarche.
Les BDP pourraient – elles avoir pour
mission le prêt direct au public ?
Hervé Gaymard :
Si demain les BDP prêtent directement
au public, je crains que cela ne
fragilise les multiples lieux de lecture
existants. Les lecteurs pourraient
privilégier ce lieu de prêt aux détriments
des bibliothèques de proximité,
et démotiver de fait, les nombreux
bénévoles qui animent ces
lieux et en font la richesse.
Par contre, peut être que les BDP
devraient limiter l’acquisition
d’ouvrages pour le prêt, et
développer leurs missions de
conseils relatives à l’achat d’ouvrages
des différents lieux de lecture
du territoire, en proposant notamment
une formation appropriée à
tous les bénévoles et autres
professionnels.
Par ailleurs, je pense
que l’une des
missions des BDP devrait être de
créer des forums de lecture numérique,
riches, très documentés et variés.
Comme je l’ai indiqué dans mon
rapport parlementaire sur le livre, ce
dernier n’a pas connu, à ce jour, sa
révolution numérique, contrairement
au disque ou à la vidéo dans les années
90. Pour autant, même si le livre
numérique ne représente qu’une faible
part de marché (0,1% du marché
de l’édition) et si l’offre actuelle de
titres disponibles est encore extrêmement
réduite, cette nouvelle forme
de lecture n’est pas à négliger, et il
faut anticiper son évolution.

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