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Accueil > Ouvertures > Ouvertures N° 25 > Tribune Dernière mise à jour le : 30 mars, 2009

 

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Représentation graphique de tirets

Comment une politique départementale de lecture publique peut jouer un rôle sur l’aménagement du territoire : l’exemple de la Mayenne

Sylvie Dewulf - Conservateur de la BDP de la Mayenne

La Mayenne est un département rural de 295 000 hab.tants avec une faible densité au Km² : 53 hab./Km² – alors que la moyenne française est d’environ 100 hab./Km².
Ce département est composé majoritairement de petites communes : 3 de plus de 10 000 habitants, 8 de plus de 3 000 et près de 140 ont moins de 500 habitants. La mise en place d’une intercommunalité renforcée a été envisagée dès 1992 lors des états généraux lancés par Jean Arthuis et par le dispositif des CRD (Contrats régionaux de développement). Une réflexion sur la difficulté de fonctionnement de la BDP a alors été menée qui a abouti au recrutement d’un nouveau conservateur, Sylvie Dewulf, avec pour mission un audit sur la situation de la lecture sur le département.
Cette étude, de 1994, fait les constats suivants :

  • manque de personnel qualifié et formé ;
  • multiplication de petits points de desserte inadaptés en matière d’horaires d’ouverture et d’offre de collections ;
  • dépendance des bibliothèques-relais envers la BDP pour l’offre documentaire ;
  • et, en corollaire, un taux de fréquentation très bas : 6 % sur l’ensemble du réseau.

En conclusion, l’étude propose d’exploiter dans le domaine de la lecture les atouts d’un Plan musique initié sur le département en 1993, qui portait ses fruits et avait pour principe fondamental l’intercommunalité. Un Plan départemental de la lecture fut alors élaboré.

Bibliobus du département de la Mayenne

Objectifs du Plan départemental de la lecture
D’un point de vue « lecture publique » :

  • élaborer une véritable politique de lecture publique en matière d’équipements, de formation et d’animation en s’appuyant sur la constitution d’un réseau de lecture publique au niveau des pays ;
  • permettre à un maximum de public de fréquenter une vraie bibliothèque qui concilie les missions de prêt, de travail sur place et d’animation culturelle ;
  • encourager les pratiques de partenariat entre bibliothèques ainsi qu’entre professionnels du livre et bénévoles (favoriser les pratiques de réseau documentaire).

D’un point de vue de la politique culturelle départementale :

  • mieux définir les compétences et clarifier les implications financières de chaque partenaire (département, intercommunalité, commune, État et autres partenaires) ;
  • construire une politique de financements croisés en évitant les doublons entre ces partenaires ; mener une véritable politique d’aménagement culturel du territoire départemental en vue d’éviter toute exclusion de population à l’accès de l’offre culturelle – en cela rappeler la mission des BDP (reprise dans la charte du conseil national supérieur des bibliothèques, article 25) ;
  • développer la création des bibliothèques sur le territoire départemental ;
  • insérer les plans thématiques que sont le Plan musique et le Plan lecture dans un schéma global de développement culturel, comprenant aussi des conventions culturelles pluridisciplinaires à l’échelle des pays pour assurer une cohérence culturelle sur le département et avoir un discours clair qui « passe bien » auprès des élus de terrain.

Le dispositif mis en place
L’objectif était la constitution d’un véritable maillage de bibliothèques composé de trois échelons différents, tenant compte de la taille et des besoins des communes.
La donnée initiale était de concilier deux critères apparemment contradictoires en matière de lecture publique : d’une part, l’attractivité en incitant la création d’importants équipements visibles ; d’autre part, la proximité avec des équipements de taille plus petite et plus proche des populations (notamment celles peu familières de la fréquentation d’une bibliothèque ou médiathèque).
Ces différents lieux de lecture fonctionnent en réseau, par l’intermédiaire d’un bibliothécaire intercommunal en liaison avec la BDP. Les bibliothèques appelées « têtes de réseau » ont vocation à assurer des missions supracommunales (soit attirer et accueillir aux mêmes conditions que la population communale des publics des communes avoisinantes, soit gérer des missions de circulation intercommunale de documents). Les bibliothèques-relais sont destinées à desservir les besoins de leur population communale. Les points lecture sont créés dans les communes ne possédant pas de bibliothèque-relais et souhaitant mettre à disposition de publics ciblés une offre de lecture. Ces lieux de lecture publique sont en liaison directe avec les bibliothèques « tête de réseau » qui auront pour mission de les desservir.
Ce dispositif s’appuie sur le recrutement de professionnels du livre, statutaires de la fonction publique territoriale à l’échelon du pays à raison d’un ou deux postes par pays. Leur profil est établi à la fois en tenant compte des critères repris dans le Plan départemental de développement de la lecture publique et de la situation du réseau. Le parti pris initial du double rôle du professionnel a été appliqué dans la majorité des territoires : à la fois être présent sur le territoire pour mettre en place et faire perdurer une politique de réseau et des relations entre chaque maillon, mais aussi avoir une assise sur le terrain en assurant la gestion en qualité de responsable d’une ou plusieurs têtes de réseau. Ce principe initial a été retenu en tenant compte de l’expérience et des bilans de postes intercommunaux créés dans d’autres départements.

Dispositions financières et coûts
Un partenariat avec l’État a été formalisé par la passation d’une convention bipartite pour l’aide aux postes créés sur les principes suivants : le Conseil général a retenu l’aide à la création de 17 postes de professionnels du livre par l’Intercommunalité avec incitation financière de l’État et du département selon un accompagnement dégressif (État 40 % pendant deux ans, Conseil général 40 % en moyenne pendant six ans). Ce qui représente pour le Conseil général une enveloppe estimative qui s’élèverait à 971 862 euro.
Dans le même temps, 3 postes ont été créés à la BDP : un cadre A pour le suivi du plan de développement de lecture publique et la formation, un cadre B pour le poste animation, une catégorie C pour la mise en service de la navette dans la desserte des pays.

 

Schéma type de financement d'un emploi

ANNEE
DEPARTEMENT
PAYS
ETAT
TOTAL
%
Montant
%
Montant
%
Montant
A1
40%
9 148 €
20%
4 574 €
40%
9 148 €
22 870 €
A2
40%
9 148 €
20%
4 574 €
40%
9 148 €
22 870 €
A3
60%
13 722 €
40%
9 148 €
 
 
22 870 €
A4
50%
11 435 €
50%
11 435 €
 
 
22 870 €
A5
40%
9 148 €
60%
13 722 €
 
 
22 870 €
A6
20%
4 574 €
80%
18 296 €
 
 
22 870 €
A7
 
 
100%
22 870 €
 
 
22 870 €

 

Le bilan de ce plan de développement est majoritairement positif
Sur l’aménagement du territoire avec d’une part, une bibliothèque à moins d’un quart d’heure de la population mayennaise, et d’autre part un maillage intercommunal de bibliothèques.
De 2 bibliothèques municipales en 1994, on est passé à 28 têtes de réseau en 2007. De 38 bibliothèques-relais en 1994 à 75 ; 33 points lecture ont complété le dispositif. Les dépôts mairies ont été transformés ou supprimés ainsi que le prêt direct.
Sur la professionnalisation du réseau : l’arrivée de 14 postes de bibliothécaires intercommunaux a eu un effet de levier sur le recrutement d’autres salariés et sur la redynamisation du tissu du bénévolat en bibliothèque : aujourd’hui l’on compte environ une cinquantaine de salariés sur les communes de moins de 10 000 hab.tants et 1 300 bénévoles dont 300 formés.
Sur la fréquentation des lieux de lecture : 22 % de fréquentation à mettre en regard aux 6 % initiaux.

Les pistes pour l’avenir
Une réflexion est en cours sur le recrutement des deux bibliothécaires intercommunaux sur le territoire de Laval agglomération. Dans ce cadre, un partenariat sera établi entre la BDM et la bibliothèque de la ville de Laval (55 000 hab.).
Il reste à clarifier la notion de compétence encore sur plusieurs échelons : communal et intercommunal. Trois EPCI ont adopté la compétence juridique globale sur l’ensemble de leurs réseaux. Des réflexions sont en cours notamment dans le cadre des CLE (commission locale d’évaluation) mises en place dans le dispositif du plan pour le passage à la compétence unique : cette compétence optimiserait une meilleure mutualisation des moyens et assurerait une maîtrise du développement du réseau intercommunal.

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