La Mayenne est un département rural
de 295 000 hab.tants avec une faible
densité au Km² : 53 hab./Km² – alors
que la moyenne française est d’environ
100 hab./Km².
Ce département est composé majoritairement
de petites communes : 3 de plus
de 10 000 habitants, 8 de plus de 3 000 et
près de 140 ont moins de 500 habitants.
La mise en place d’une intercommunalité
renforcée a été envisagée dès 1992 lors
des états généraux lancés par Jean
Arthuis et par le dispositif des CRD
(Contrats régionaux de développement).
Une réflexion sur la difficulté de
fonctionnement de la BDP a alors été
menée qui a abouti au recrutement d’un
nouveau conservateur, Sylvie Dewulf, avec
pour mission un audit sur la situation de
la lecture sur le département.
Cette étude, de 1994, fait les constats
suivants :
- manque de personnel qualifié et
formé ;
- multiplication de petits points de
desserte inadaptés en matière
d’horaires d’ouverture et d’offre de
collections ;
- dépendance des bibliothèques-relais
envers la BDP pour l’offre
documentaire ;
- et, en corollaire, un taux de fréquentation
très bas : 6 % sur l’ensemble du
réseau.
En conclusion, l’étude propose d’exploiter
dans le domaine de la lecture les atouts
d’un Plan musique initié sur le département
en 1993, qui portait ses fruits et avait pour
principe fondamental l’intercommunalité.
Un Plan départemental de la lecture fut
alors élaboré.

Objectifs du Plan départemental de la
lecture
D’un point de vue « lecture publique » :
- élaborer une véritable politique de
lecture publique en matière
d’équipements, de formation et
d’animation en s’appuyant sur la
constitution d’un réseau de lecture
publique au niveau des pays ;
- permettre à un maximum de public de
fréquenter une vraie bibliothèque qui concilie les missions de prêt, de travail
sur place et d’animation culturelle ;
- encourager les pratiques de partenariat
entre bibliothèques ainsi qu’entre
professionnels du livre et bénévoles
(favoriser les pratiques de réseau
documentaire).
D’un point de vue de la politique culturelle
départementale :
- mieux définir les compétences et
clarifier les implications financières
de chaque partenaire (département,
intercommunalité, commune, État et
autres partenaires) ;
- construire une politique de financements
croisés en évitant les doublons entre
ces partenaires ; mener une véritable
politique d’aménagement culturel du
territoire départemental en vue d’éviter
toute exclusion de population à l’accès
de l’offre culturelle – en cela rappeler
la mission des BDP (reprise dans la
charte du conseil national supérieur des
bibliothèques, article 25) ;
- développer la création des bibliothèques
sur le territoire départemental ;
- insérer les plans thématiques que
sont le Plan musique et le Plan
lecture dans un schéma global de
développement culturel, comprenant
aussi des conventions culturelles
pluridisciplinaires à l’échelle des pays
pour assurer une cohérence culturelle
sur le département et avoir un discours
clair qui « passe bien » auprès des élus
de terrain.
Le dispositif mis en place
L’objectif était la constitution d’un
véritable maillage de bibliothèques
composé de trois échelons différents,
tenant compte de la taille et des besoins
des communes.
La donnée initiale était de concilier deux
critères apparemment contradictoires
en matière de lecture publique : d’une
part, l’attractivité en incitant la création
d’importants équipements visibles ;
d’autre part, la proximité avec des
équipements de taille plus petite et plus
proche des populations (notamment
celles peu familières de la fréquentation
d’une bibliothèque ou médiathèque).
Ces différents lieux de lecture
fonctionnent en réseau, par l’intermédiaire
d’un bibliothécaire intercommunal en
liaison avec la BDP. Les bibliothèques
appelées « têtes de réseau » ont vocation
à assurer des missions supracommunales
(soit attirer et accueillir aux mêmes
conditions que la population communale
des publics des communes avoisinantes,
soit gérer des missions de circulation
intercommunale de documents). Les
bibliothèques-relais sont destinées à
desservir les besoins de leur population
communale. Les points lecture sont créés
dans les communes ne possédant pas de
bibliothèque-relais et souhaitant mettre à
disposition de publics ciblés une offre de
lecture. Ces lieux de lecture publique sont
en liaison directe avec les bibliothèques
« tête de réseau » qui auront pour mission
de les desservir.
Ce dispositif s’appuie sur le recrutement
de professionnels du livre, statutaires de
la fonction publique territoriale à l’échelon
du pays à raison d’un ou deux postes par
pays. Leur profil est établi à la fois en
tenant compte des critères repris dans
le Plan départemental de développement
de la lecture publique et de la situation
du réseau. Le parti pris initial du double
rôle du professionnel a été appliqué dans
la majorité des territoires : à la fois être
présent sur le territoire pour mettre en
place et faire perdurer une politique de
réseau et des relations entre chaque
maillon, mais aussi avoir une assise sur
le terrain en assurant la gestion en qualité
de responsable d’une ou plusieurs têtes
de réseau. Ce principe initial a été retenu
en tenant compte de l’expérience et des
bilans de postes intercommunaux créés
dans d’autres départements.
Dispositions financières et coûts
Un partenariat avec l’État a été formalisé
par la passation d’une convention
bipartite pour l’aide aux postes créés
sur les principes suivants : le Conseil
général a retenu l’aide à la création de
17 postes de professionnels du livre
par l’Intercommunalité avec incitation
financière de l’État et du département
selon un accompagnement dégressif (État
40 % pendant deux ans, Conseil général
40 % en moyenne pendant six ans).
Ce qui représente pour le Conseil général
une enveloppe estimative qui s’élèverait à
971 862 euro.
Dans le même temps, 3 postes ont été
créés à la BDP : un cadre A pour le suivi
du plan de développement de lecture
publique et la formation, un cadre B pour
le poste animation, une catégorie C pour
la mise en service de la navette dans la
desserte des pays.
Schéma type de financement d'un emploi
ANNEE |
DEPARTEMENT |
PAYS |
ETAT |
TOTAL |
% |
Montant |
% |
Montant |
% |
Montant |
A1 |
40% |
9 148 € |
20% |
4 574 € |
40% |
9 148 € |
22 870 € |
A2 |
40% |
9 148 € |
20% |
4 574 € |
40% |
9 148 € |
22 870 € |
A3 |
60% |
13 722 € |
40% |
9 148 € |
|
|
22 870 € |
A4 |
50% |
11 435 € |
50% |
11 435 € |
|
|
22 870 € |
A5 |
40% |
9 148 € |
60% |
13 722 € |
|
|
22 870 € |
A6 |
20% |
4 574 € |
80% |
18 296 € |
|
|
22 870 € |
A7 |
|
|
100% |
22 870 € |
|
|
22 870 € |
Le bilan de ce plan de développement est
majoritairement positif
Sur l’aménagement du territoire avec
d’une part, une bibliothèque à moins
d’un quart d’heure de la population
mayennaise, et d’autre part un maillage
intercommunal de bibliothèques.
De 2 bibliothèques municipales en 1994,
on est passé à 28 têtes de réseau en 2007.
De 38 bibliothèques-relais en 1994 à 75 ;
33 points lecture ont complété le dispositif.
Les dépôts mairies ont été transformés
ou supprimés ainsi que le prêt direct.
Sur la professionnalisation du réseau :
l’arrivée de 14 postes de bibliothécaires
intercommunaux a eu un effet de levier
sur le recrutement d’autres salariés
et sur la redynamisation du tissu du
bénévolat en bibliothèque : aujourd’hui
l’on compte environ une cinquantaine de
salariés sur les communes de moins de
10 000 hab.tants et 1 300 bénévoles dont
300 formés.
Sur la fréquentation des lieux de lecture :
22 % de fréquentation à mettre en regard
aux 6 % initiaux.
Les pistes pour l’avenir
Une réflexion est en cours sur le
recrutement des deux bibliothécaires
intercommunaux sur le territoire de
Laval agglomération. Dans ce cadre, un
partenariat sera établi entre la BDM et la
bibliothèque de la ville de Laval (55 000
hab.).
Il reste à clarifier la notion de
compétence encore sur plusieurs
échelons : communal et intercommunal.
Trois EPCI ont adopté la compétence
juridique globale sur l’ensemble de
leurs réseaux. Des réflexions sont en
cours notamment dans le cadre des CLE
(commission locale d’évaluation) mises
en place dans le dispositif du plan pour le
passage à la compétence unique : cette
compétence optimiserait une meilleure
mutualisation des moyens et assurerait
une maîtrise du développement du réseau
intercommunal.