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Accueil > Ouvertures > Ouvertures N° 24 > Regard Dernière mise à jour le : 6 janvier, 2009
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 Regard

Un voyage vers un connu

Le peuple du bout du monde, Oscar Baillif (éditions Drozophile) - 2005

Oscar Baillif a publié en 2005 un témoignage saisissant sur le quotidien d’un établissement médico-social, à travers des portraits croqués à l’encre, à l’aquarelle et soutenus par des textes d’une grande sensibilité. Il nous fait découvrir un « bout du monde » qui n’est pas si inconnu.

 

Cliquer pour agrandir l'imageVous nous emmenez vers un « pays étranger ». Pour vous, c’était un voyage particulier ?
Avant de faire ce projet, j’ai dessiné en Afrique, dans des villages. Ensuite, j’ai rencontré des Africains mais à Paris, dans des foyers de travailleurs. J’ai des préoccupations sociales et je me sers toujours du dessin et des croquis pour rencontrer les gens. Ce sont des animatrices du Val Fleuri (NDLR : le centre médico-social à Genève, d’où est né le livre) qui m’ont invité à faire quelques portraits de personnes qui ne pouvaient plus participer à des animations, des sorties, pour qu’il y ait un regard porté sur elles, pour qu’il ait un échange, sans forcément que cela passe par un jeu de société ou du bricolage. J’ai demandé à pouvoir continuer pendant deux mois en m’immergeant totalement, afin d’aboutir à un bouquin. Avec la directive d’aller plutôt vers les gens qui étaient en fin de vie, pas ceux qui pouvaient raconter leur passé. J’ai débuté par les dessins et j’ai pris des notes sur ce que je voyais ou entendais. Les textes ont été écrits après coup à partir de ces notes, comme une réponse aux croquis, pour que les deux moyens d’expression soient imbriqués l’un à l’autre.

Ce projet de publication s’est affiné petit à petit ou aviez-vous déjà tout préparé avec l’établissement médico-social et l’éditeur ?
Non, le livre est né au fur et à mesure de mes dessins et je suis allé voir l’éditeur Christian Humbert-Droz, des éditions Drozophile, qui a tout de suite dit « oui ». Il s’est occupé des relations avec l’établissement médico-social, il a cherché des aides pour financer le projet. Au début, cela devait être une exposition itinérante, avec des panneaux. Mais je tenais à cette idée de bouquin. Pour moi, c’était une expérience comme un voyage : partir vers quelque chose de peut-être assez violent.

Cliquer pour agrandir l'imagePour vous, la forme du carnet de voyage s’est imposée d’elle-même, dès le début ?
Oui, c’était mon idée, avec celle de l’éditeur. Après les dessins pour des panneaux d’exposition, le carnet se prêtait bien à cette forme, avec les textes qu’on peut écrire à la main, pour témoigner d’un voyage un peu particulier. Et c’était la suite de l’Afrique et de Paris, j’avais ça dans l’esprit. J’ai montré la réalité. Parfois, c’était très lourd quand je restais à observer, à dessiner. Puis des choses fortes en ressortaient.

De cette expérience, on ne ressort pas indemne ?
Je me suis beaucoup servi de l’écriture, que j’ai réalisé après tous les dessins, pour avoir une distance, et une certaine réflexion, sur la fin de la vie. Et c’est des choses qu’on ne veut pas voir, donc qu’on oublie assez vite. J’ai plongé dans cet univers au sens propre du terme : j’avais demandé à vraiment m’imprégner des lieux. Pendant mes dessins, j’avais une distance avec les visages que je représentais, mais après, la tristesse a rejailli soudainement. Le personnel soignant donne une touche très gaie et vivante à côté. Je n’avais pas de message à faire passer ou d’avis à donner, mais simplement offrir un reportage de ce qui existe. Il y a une chose que je n’ai pas pu faire ressortir dans ce livre, c’est le passé très chargé et riche de ces personnes qui vont mourir.

 

Contacts :
Les éditions Drozophile
150 rue de Genève
1226 Thônex / CH
http://www.drozophile.ch

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