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Accueil > Ouvertures > Ouvertures N°21 > Regard Dernière mise à jour le : 15 avril, 2008
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 Regard

Stéphane Girel : l’illustration sort du cadre

Laurent Blin – responsable du service Vie littéraire de Savoie-biblio

 

Stéphane Girel est illustrateur. Auteur aussi, même s’il n’aime pas qu’on le dise, parce qu’il ne l’a fait qu’une seule fois. Son style est quasiment insaisissable.

 

D’un trait très géométrique et quasi figuratif, il semble passer sans souci à un jeu presque ancestral de tampons encreurs. Inutile cependant de lui demander précisément comment il travaille.

Du feeling, des envies en gestation aussi. Quand il reçoit le texte de Mon double et moi de Philippe Lechermeier, son désir de réaliser un travail autour de formes géométriques simples trouve un écho.
Ma Petite usine, de Rascal, publié chez Rue du monde, est l’occasion de s’approprier un savoir-faire africain. Le goût de se lancer des défis, de surprendre.
Stéphane Girel est joueur. Plus le texte lui pose problème, plus il s’amuse. Ça tombe bien, car il ne fait pas la fine bouche et accepte tout ce qu’on lui propose : deux refus seulement en 14 ans de carrière. Ça n’est pas un choix, plutôt un réflexe de survie.

Car le constat que dresse l’illustrateur du monde de l’édition jeunesse n’est pas triste. Ou plutôt, si, il l’est un peu. Comme les auteurs, les illustrateurs semblent être ceux qui vivent le moins bien du livre, en dehors de quelques réussites notoires qui éclipsent les autres. Pourtant, ils en sont à la base. S’il n’aime pas trop livrer ses secrets, Stéphane Girel n’hésite pas à donner à ses interlocuteurs quelques-uns de ceux de l’édition. Son implication dans la Charte des auteurs illustrateurs jeunesse tient autant du militantisme convaincu que de la légitime défense, et chacun des exemples qu’il donne est percutant.
Pour justifier la mise en place d’une rémunération plancher par album, il évoque ce cas : quand un premier éditeur cède les droits d’un album à un second, spécialiste de la vente par correspondance, la rémunération de l’illustrateur est réduite de moitié. Quand un album paraît en poche, il en est de même : 50 % de 4, 5, 6 %, que reste-t- il à l’illustrateur ? Quelques centimes, et parfois même, moins encore quand les délais de paiement s’éternisent. Pourtant, le livre qui est vendu n’est pas constitué de pages blanches…

Dans les budgets éditoriaux, c’est souvent la part des créateurs qui est compressée. Ce qui les oblige à travailler plus vite. Pour travailler plus. Et à accepter des contrats dans d’autres domaines que le livre illustré. Savoie-biblio a proposé à Stéphane Girel de créer deux affiches, à l’occasion de ses 5 ans d’existence. Un travail plutôt plaisant pour l’illustrateur. Il avoue que l’un des projets l’a plus inspiré : montrer toutes les facettes du service. En ressort une affiche où le regard se promène, conçue un peu à la manière d’une poya.

Rares sont les regards réalistes que nous portons sur les métiers d’auteurs, d’illustrateurs. Par méconnaissance du milieu de l’édition. Stéphane Girel est un interlocuteur précieux, qui laisse entendre, tout à la fois, son plaisir d’illustrer et la difficulté d’en vivre.

 

 

Bibliographie sélective :
La nuit du marchand de sable, texte de Clair Arthur, éditions Flammarion / Père Castor, 2007
Ma petite usine, texte de Rascal, éditions Rue du Monde, 2005
Le papa de Jonas, texte de Kent, éditions du Rouergue, 2004
Un amour de verre, texte de Frank Prévot, éditions du Rouergue, 2003
Mon papa est le plus fort, texte de Stéphane Girel, éditions du Rouergue, 2002
Les rouges et les noirs, texte de Hubert Ben Kemoun, éditions Flammarion / Père Castor, 2002
Ami ami, texte de Rascal, éditions Pastel / L’école des Loisirs, 2002

 

 

 

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